Greffer le commun sur l'individuel
La banlieue québécoise a été conçue pour rapprocher ses habitants de la nature, favoriser la vie familiale et offrir l'espace que la ville ne peut donner. Cette promesse était honnête, mais quelque chose s'est perdu en chemin. Aujourd'hui, ce modèle génère plutôt l'isolement. Les voisins cohabitent sans se croiser, l'espace public est confisqué par l'automobile et la communauté ne se rencontre plus.
Pourtant, comment se fait-il que ce même banlieusard, celui qui s'entoure de haies et de clôtures pour ne croiser le regard de personne, lorsqu'il monte dans sa roulotte et se rend au camping, se transforme en être social, prêt à partager son intimité, son feu de camp et même une bière avec des inconnus ? C'est de ce paradoxe que naît Camping City, un projet qui cherche à redonner à la banlieue ce qui lui manque pour la réconcilier avec la vie communautaire.
Sans démolir un seul bungalow ni empiéter sur une seule propriété privée, le projet greffe une infrastructure habitée sur l'emprise publique des rues existantes. Cette dernière s'incline, monte, s'épaissit et se peuple. Elle devient rampe communautaire, passerelle habitée, toiture-parc. L'emprise est libérée. La rue, soulevée.
Le long de cette diagonale ascendante s'enchaînent commerces de proximité, espaces sportifs, lieux culturels et ateliers de création, couronnés d'unités résidentielles sur coursive. La variété typologique favorise la mixité sociale et démographique. La superposition des seuils, de la terrasse privée à la toiture collective, offre à chacun sa propre gradation d'intimité, sans jamais l'imposer. Ce nouveau réseau quadruple la densité existante, introduit la nature à tous les niveaux et restitue la chaussée aux transports actifs et à la rencontre spontanée. Camping City n'est pas la ville par-dessus la banlieue. C'est une nouvelle rue qui greffe la vie communautaire sur l'individualisme.